Le noisetier truffier est un noisetier dont les racines ont été colonisées en pépinière par une truffe, le plus souvent la truffe noire Tuber melanosporum. C’est l’une des essences les plus plantées en trufficulture, car elle entre vite en production. Elle a aussi ses exigences et ses défauts, qu’il vaut mieux connaître avant de commander ses plants. Trufficulteurs en Charente-Maritime depuis 2019, nous faisons le point sur ce qu’il faut savoir.
Qu’est-ce qu’un noisetier truffier mycorhizé ?
Un noisetier truffier est un jeune noisetier (Corylus) dont les racines portent des mycorhizes de truffe, obtenues en pépinière par inoculation contrôlée. Une fois planté sur un sol favorable, il permet à la truffe de coloniser la parcelle. Il ne garantit pas une récolte : il en crée seulement la possibilité.
La mycorhize est une association entre un champignon et les racines d’un arbre. Les filaments de la truffe prolongent les radicelles et aident l’arbre à puiser l’eau et les minéraux. En échange, l’arbre fournit au champignon les sucres issus de la photosynthèse. La truffe que l’on récolte en hiver est le fruit de ce champignon.
La production de plants mycorhizés en pépinière s’est développée en France dans les années 1970, à partir des travaux de l’INRA (aujourd’hui INRAE). Avant cela, les trufficulteurs semaient des glands récoltés sous des arbres producteurs, une méthode attribuée au Vauclusien Joseph Talon au début du XIXe siècle. Pour une vue d’ensemble des essences, lisez notre guide sur l’arbre truffier et la trufficulture.
Quelles espèces de noisetier utilise-t-on ?
| Espèce | Port | Points forts | Points de vigilance |
|---|---|---|---|
| Noisetier commun (Corylus avellana) | Cépée, plusieurs tiges partant du pied | Croissance rapide, entrée en production précoce, chevelu racinaire abondant | Drageons à supprimer, fermeture rapide du milieu, craint l’excès de calcaire |
| Noisetier de Byzance (Corylus colurna) | Tronc unique | Port d’arbre, drageonne peu, entretien plus simple | Moins répandu en truffière |
Le noisetier commun reste de loin le plus planté. La pépinière Agri-Truffe, historiquement liée à l’INRA, indique par exemple utiliser pour ses noisetiers des semences de la variété Négret, à petits fruits.
Pourquoi planter un noisetier truffier ?
Le principal atout du noisetier est sa précocité : il peut donner ses premières truffes plus tôt qu’un chêne, souvent dès 4 à 7 ans selon le sol et le climat, contre 8 à 10 ans ou plus pour un chêne pubescent. Sa contrepartie est une durée de production plus courte et un entretien plus exigeant.
| Critère | Noisetier truffier | Chêne pubescent truffier |
|---|---|---|
| Entrée en production indicative | Environ 4 à 7 ans | Environ 8 à 10 ans et plus |
| Durée de production | Plus courte | Plus longue |
| Entretien | Taille et suppression des drageons fréquentes | Taille plus légère |
| Tolérance au calcaire | Craint l’excès (chlorose) | Très bonne |
| Sols préférés | Plus frais et profonds | Secs, caillouteux |
Ces délais sont des ordres de grandeur. La qualité du sol, la pluie de l’été et l’entretien pèsent bien plus que l’essence sur la date des premières truffes. Beaucoup de trufficulteurs mélangent d’ailleurs les essences dans une même parcelle : noisetiers pour les premières récoltes, chênes pour la durée. Pour distinguer un chêne producteur, consultez notre article pour reconnaître un chêne truffier.
Le point de vue du producteur : le noisetier pardonne moins qu’on ne le croit. Son chevelu racinaire, très dense et superficiel, capte facilement d’autres champignons présents dans le sol, qui peuvent concurrencer la truffe. Le choix de la parcelle compte donc double.
Quel sol et quel climat pour un noisetier truffier ?
La truffe noire a besoin d’un sol calcaire, aéré, caillouteux et bien drainé, au pH basique. Le noisetier ajoute ses propres préférences : il apprécie les sols un peu plus frais et profonds, et supporte mal les excès de calcaire actif, qui provoquent un jaunissement des feuilles.
Quelques repères issus des guides de plantation des pépinières spécialisées :
- pH : un optimum autour de 7,9 à 8,3 est généralement recommandé pour Tuber melanosporum ;
- structure : grumeleuse et caillouteuse, avec moins de 40 % d’argile ;
- précédent cultural : une terre cultivée depuis longtemps (vigne, céréales, prairie) vaut mieux qu’un bois récemment défriché, dont les champignons forestiers concurrencent la truffe ;
- climat : un sol qui se réchauffe bien au printemps et des pluies d’orage en été.
Avant tout achat de plants, faites réaliser une analyse de sol par un laboratoire habitué aux truffières. Elle indiquera le pH, le calcaire, la matière organique et le rapport carbone sur azote, et dira si la parcelle est favorable.
Et pour les autres truffes ?
Des noisetiers mycorhizés avec la truffe de Bourgogne (Tuber uncinatum) ou la truffe d’été (Tuber aestivum) sont aussi proposés. Ces truffes acceptent des climats plus frais et des sols moins exigeants que la truffe noire. Nous présentons cette espèce dans notre article sur la truffe de Bourgogne.
Comment planter des noisetiers truffiers ?
On plante en général des plants d’un an, en godet, entre novembre et le printemps, hors période de gel. La densité varie le plus souvent de 250 à 550 plants par hectare. Sur un terrain fertile et avec une essence vigoureuse comme le noisetier, mieux vaut planter large.
| Écartement | Densité approximative | Effet attendu |
|---|---|---|
| 6 m x 3 m | Environ 555 plants par hectare | Production espérée plus rapide, mais fermeture du milieu plus tôt |
| 6 m x 4 m | Environ 415 plants par hectare | Compromis |
| 6 m x 6 m | Environ 277 plants par hectare | Production plus tardive, truffière plus durable |
Les étapes de plantation recommandées par les pépiniéristes :
- Préparer le sol comme pour une céréale, par un travail léger, sans défoncer en profondeur.
- Creuser des trous de 25 à 30 cm de côté.
- Placer la motte sans la briser, puis combler avec la terre de la parcelle, sans terreau ni tourbe, qui sont acides.
- Arroser de 3 à 5 litres par plant, sauf par temps de gel.
- Poser une protection contre les rongeurs et le gibier, avec un tuteur.
Pour le paillage, les guides techniques conseillent plutôt une toile ou des fibres naturelles comme le jute, et déconseillent la paille, qui attire les mulots. Les noisettes attirent aussi les rongeurs : la protection individuelle n’est pas un luxe.
Comment entretenir une truffière de noisetiers ?
Un noisetier truffier demande une taille régulière pour garder le sol au soleil, la suppression des drageons, un travail du sol superficiel et, dans beaucoup de régions, une irrigation d’appoint l’été. Le but est simple : un sol chaud, aéré et peu couvert autour de l’arbre.
Taille et drageons
Le noisetier commun pousse vite et forme une cépée dense. On le conduit le plus souvent en gobelet, sur un tronc court, en supprimant chaque année les rejets qui partent du pied. Sans cela, l’ombre gagne le sol et la truffe ne trouve plus la chaleur dont elle a besoin.
Sol et herbe
Le travail du sol, quand il est pratiqué, reste superficiel pour ne pas abîmer les radicelles. On limite la concurrence de l’herbe autour des arbres par un griffage léger ou un fauchage. L’apparition d’un brûlé, cette zone où l’herbe se raréfie au pied de l’arbre, est souvent le premier signe que la truffe est bien installée.
Irrigation
L’été est la période critique : c’est là que les jeunes truffes se forment et grossissent. En l’absence de pluie, beaucoup de trufficulteurs apportent de l’eau. Les modalités (fréquence, quantité, aspersion ou micro-aspersion) varient beaucoup selon les sols et les régions : demandez conseil à votre groupement de trufficulteurs ou à la chambre d’agriculture.
Quand récolte-t-on les truffes sous un noisetier ?
Sous un noisetier comme sous un chêne, la truffe noire se récolte de mi-novembre à mars environ, avec un chien dressé qui signale les truffes mûres. La truffe de Bourgogne, elle, se récolte plutôt de septembre à janvier. On ne récolte jamais en grattant au hasard, pour ne pas abîmer les mycorhizes.
Le chien est l’outil indispensable du trufficulteur : il ne marque que les truffes arrivées à maturité, qui dégagent assez de parfum. Nous expliquons sa formation dans notre guide pour dresser un chien truffier. Pour découvrir le quotidien d’une exploitation, lisez aussi notre article sur le métier de trufficulteur.
Comment bien choisir ses plants de noisetier truffier ?
Achetez des plants issus d’une pépinière spécialisée, dont la mycorhization a été contrôlée et certifiée, et adaptés à l’espèce de truffe et au sol visés. Le plant doit être jeune, en bon état, avec une étiquette indiquant l’essence, l’espèce de truffe et le contrôle effectué.
Plusieurs pépinières françaises proposent des plants dont la mycorhization est contrôlée par le CTIFL (Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes), ou produits sous licence INRAE. Demandez systématiquement à quelle truffe le plant est associé : un noisetier mycorhizé avec la truffe d’été ne produira pas de truffe noire.
Les points à vérifier :
- l’espèce de truffe (Tuber melanosporum, uncinatum, aestivum) inscrite sur l’étiquette ;
- l’organisme de contrôle de la mycorhization ;
- l’âge du plant, un an étant généralement conseillé ;
- l’adéquation de l’essence avec votre sol, en particulier son taux de calcaire.
FAQ sur le noisetier truffier
Un noisetier truffier produit-il aussi des noisettes ?
Oui, il peut porter des noisettes, mais ce n’est pas son but. Les plants truffiers ne sont pas sélectionnés pour la qualité de leurs fruits, et la taille qu’on leur applique vise d’abord l’ensoleillement du sol. Les noisettes attirent en outre les rongeurs dans la truffière.
Peut-on planter un noisetier truffier dans son jardin ?
C’est possible si le sol est calcaire, drainant et ensoleillé, mais il faut de la place, de la patience et un peu de chance. Un arbre isolé dans une pelouse arrosée et fertilisée a peu de chances de produire. Notre article sur le charme truffier au jardin donne d’autres pistes.
Combien de temps vit un noisetier truffier ?
Le noisetier produit en général moins longtemps qu’un chêne, car il pousse vite et referme le milieu. C’est pourquoi on l’associe souvent à des chênes dans une même plantation, pour étaler la production dans le temps.
Faut-il arroser un noisetier truffier ?
L’arrosage est important à la plantation et pendant les premières années en cas de sécheresse. En production, une irrigation d’appoint l’été peut aider la formation des truffes, mais elle doit rester raisonnée.
Où trouver des truffes si l’on n’a pas encore de récolte ?
En attendant vos premières truffes, vous pouvez acheter des truffes fraîches en saison sur les marchés ou auprès de producteurs. Pour toute demande, contactez-nous.
